
Le rock’n’roll, de nos jours, ça se mérite. Et pour découvrir de vrais groupes prometteurs, qui ne nous refont pas du sous Libertines avec dix ans de retard, il faut parfois savoir sortir des sentiers battus des salles parisiennes habituelles et branchées, qui programment malheureusement, un peu toujours le même genre de groupe à slim. Il vaut donc mieux parfois s’aventurer vers des endroits plus dangereux et décalés afin de découvrir d’autres univers un brin plus rock’n’roll.
Le Star Café. A deux pas de la Tour Eiffel. Un lieu pas forcément propice à accueillir cinq groupes de punk rock furieux, mais enfin, je m’y rend les yeux fermés, espérant m’en mettre plein les oreilles.
Après des débuts difficiles (un son atroce, des balances prolongées jusqu’à une heure et demi de plus que l’heure annoncée du début du concert…) le premier groupe débute enfin. Impossible de vous donner leur nom, les trois garçons ne s’étant pas présenté et l’ordre de passage des groupes ne correspondant pas à celui annoncé sur le fly. Bref, l’organisation laisse à désirer, mais vous allez me dire, c’est un peu ça aussi le rock’n’roll. Un peu à l’arrache. On ne va pas voir un groupe de rock pour que ce soit propre et bien exécuté. On ne va pas voir un groupe de rock pour rester assis et applaudir sagement entre les morceaux. On va voir un groupe de rock pour se faire violence. Parce qu’on est maso et qu’on aime ça. Parce que parfois, on a besoin d’être autre chose que poli, sage et bien pensant.
Enfin, ce premier groupe donc, rien de bien mémorable. Malgré de bonnes intentions punk, ce n’était quand même pas très en place, il faut bien le dire. Arrive donc Sassy, duo guitare/chant et basse, accompagné d’une drôle de boîte à rythme. Dans le meilleur des cas, cette formule, ça donne les Kills ou les Bérurier Noirs, mais hélas ici, ce n’est pas tout à fait ça. Ce qui frappe, au premier abord, c’est l’obsession mono maniaque de la chanteuse/guitariste pour Courtney Love (ce qui n’est pas un mal en soi, on ne va pas lui jeter la pierre, bien au contraire). En, effet, physiquement, la chanteuse de Sassy (titre d’un morceau du premier album de Hole…) ressemble à un mélange inquiétant entre Lydia Lunch et Courtney époque Sugar BabyDoll. Cheveux noirs de jais, maquillage dégoulinant, fringue de Lolita trash. Musicalement, elle a bien retenu la leçon de « Pretty On The Inside » et nous ressort tous les tics vocaux de Courtney mais malheureusement sans la puissance à la fois mélodique et noise des morceaux, ça le fait carrément moins. Les titres s’enchaînent et se ressemblent un peu tous et on aurait aimé, car elle a tout de même de bonnes intentions, que Miss Sassy aille un peu plus loin dans sa démarche et surtout, ne se laisse pas martyriser par son bassiste. Celui-ci prend, en effet, un malin plaisir à se moquer d’elle et de ses obsessions CourtneyLoveienne et a décrédibiliser son propos en intervenant ironiquement entre chaque morceaux. Peut être est-ce un jeu entre eux ? Peut être est-ce fait exprès ? Mais dans ce cas, pourquoi ne pas aller plus loin dans le sado masochisme, à la Queen Adreena ? Je propose donc à Miss Sassy de répondre violement aux féroces attaques de son cher et tendre bassiste à coup de guitare dans la tronche. Personnellement, ça me démangeait.
Après les problèmes conjugaux publiques de Sassy, arrivent enfin mes chouchoutes, les fameuses Ragnagna Princess. Et là, grosse claque. Le batteur (seul homme de la bande) frappe comme un dingue, comme pour défendre à tous prix sa place dans un vrai groupe riot grrrl. C’est en place, ça a du chien, les morceaux déchirent. La chanteuse beugle comme une Kat Bjelland de la belle époque. On respire enfin. Voilà donc ce qu’on attendait plus. Un vrai groupe de filles, aux influences impeccables et à la dégaine de baby doll. Sans tomber dans la pâle copie des groupes de l’époque (Babes in Toyland, Bikini Kill, Hole, Jack Off Jill et toute la clique), Ragnana Princess, délivrent avec force et sincérité un beau set de vrai punk rock au féminin comme on en entend rarement de nos jours. Un vrai bon groupe donc, qui ne demande qu’à se lâcher et envoyer le rock’n’roll dans nos oreilles trop averties. Personnellement, j’en redemande…




