Revolution Girl Style Now!
Welcome! Ceci est un blog consacré à la culture rock au féminin. Je vous propose, chaque semaine, de partir à la découverte de nouveaux groupes, à travers des chroniques de disques et des live reports. Féministe et rock'n'roll, ce blog parle à coeur ouvert de filles qui font du rock, et qui le font bien. Et comme ce n'est pas tous les jours facile d'être une "rebel girl", je vous raconterais aussi un peu ma vie au sein de mon groupe Candy Flesh. Soyez au rendez vous!
N'hésitez pas à m'écrire, pour toutes suggestions ou commentaires.
Et les filles, envoyez moi vos disques! rebelgirldiary@gmail.com

mercredi 28 avril 2010

Bloodthirsty Hippies, cold and sexy psychedelic post punk !



Une grosse claque. Un soir, en rentrant chez moi, je mets dans ma platine le disque des Bloodthirsty Hippies, excellent groupe découvert complètement par hasard sur Myspace et là, le choc. J'avais déjà apprécié la première écoute des Mp3 disponibles gratuitement sur leur site, mais cette seconde lecture fut plus que révélatrice. Navigant entre Paris et Londres, ces hippies là sont impressionnant de maîtrise et de maturité (c'est leur 1er EP!). Six titres riches, complexes, et inspirés. Servi par une production impeccable, osée et vraiment inventive (Il est rare d'entendre un travail du son aussi abouti chez un groupe autoproduit) le groupe délivre des morceaux étincelants, aux influences larges et revendiqués. De lointains échos de Siouxie, Alison Mosshart ou Natasha Khan dans la voix rugissante de Lia, aussi charismatique qu'envoûtante, qui s'occupe aussi des claviers, donnant ainsi une petite note électro, d'une élégance folle, aux sons post-punk psyché du groupe. Car c'est bien de cela dont il s'agit. Les Bloodthirsty Hippies ont dévoré le punk 70's, la new wave 80's, le garage 60's, la noise 90's et le psychédélisme malade pour nous recracher un brûlot post punk noise psyché (appelez ça comme vous voulez) complètement exubérant.

Dès le premier morceau, l'excellent "Heartwire", tout est là: batterie disco, voix inquiétante (mélange de la reine des Banshees et de Kathleen Hanna), guitares ingénieuses, aux petites mélodies sinueuses imparables, basse obsédante. On reste scotché. Et c'est loin de s'arrêter là. "Machine Gun Love" enfonce le clou. Gros riff de guitare, double pédale. Une belle démonstration de comment un groupe cultivé parvient à s'inspirer autant de Gang Of Four que de Slayer avec une classe folle assez inédite. Puis "Organic" démarre, comme un bon vieux morceau punk à l'ancienne (Max, le batteur est réellement excellent), ça s'emballe, ça bourine, ça détruit tout sur son passage et c'est toujours aussi inquiétant. Sur "Boredom Song" les Hippies calment un peu le jeu. C'est en effet le moment idéal pour une petite balade malsaine qui permet à Lia de nous montrer tout l'étendu de son talent (au clavier et au chant). Et c'est peut être mon morceau préféré. Cette "Boredom Song" sonne comme un mélange affolant entre New Order et Elysian Fields, à la fois tendre, sensuel, malade, et complètement obsédant. Le final donne des frissons et on regrette qu'il s'arrête aussi brutalement. Mais on comprend très vite avec l'enchainement de "Soma", morceau instrumental sanglant et oppressant, presque proche de l'indus de Nine In Nails (après un morceau aussi sublime et délicat que "Boredom", c'est bien vu). Puis "Soma" s'enchaine à la perfection avec "Gnetic" final, ultra violent, sans compromis où Lia rugie des incantations désespérées, soutenue par des guitares effrayantes et une session rythmique qui dégomme tout sur son passage.

Au final, je suis restée béate d'admiration devant tant de maîtrise et d'émotion. Voilà des morceaux incroyables et sublimes qui ne demandent qu'à être exploré en live, exercice dans lequel, ces quatres hippies là doivent sans nulle doute exceller! Pour ma part le rendez vous est pris pour le 30 septembre au Klub. (d'autres concerts sont prévu avant cette date parisienne, mais en Angleterre..)

dimanche 25 avril 2010

Live Report, Native Nothing+ Kamera Obscura, à la Java, le 23 Avril



Direction Belleville, à La Java, ce vendredi soir, pour la soirée Industrial Shock, organisée par l'excellente association Track'n Art, qui se bat pour le métissage culturel de toutes les disciplines. Soirée Indus donc, qui débute avec les très obscures Kamera Obscura. Malgré d'intéressantes images un brin malsaines, diffusées tout au long du set, en fond de scène, et une volonté de proposer un rock indus/gothique profond et incantatoire, la sauce ne prend pas. les Kamera Obscura ne sont pas tout à fait en place, pas tout à fait présent, pas tout à fait investit. La chanteuse manque cruellement de charisme malgré de beaux efforts de scander des prières gothiques à la Siouxie. On y croit malheureusement pas, surtout quand les membres du groupe, qui veulent à tous prix nous proposer un univers dérangeant, ne font que présenter gentiment les morceaux sur un ton de bal musette. Et oui, dans ce genre d'univers, pas le droit à l'erreur. Mieux vaut y aller à fond pour ne pas friser le ridicule... Dommage car les intentions sont là. Heureusement pour eux, les Kamera Obsucura semblent avoir beaucoup d'amis au vu du public venu en nombre les soutenir ce soir là. (ou bien suis-je resté insensible à leur univers?) Bon, je vais encore me faire insulter les amis...(cf mon live report de Sassy sur ce blog)

Après ces moments trop obscures, les Native Nothing (découvert via myspace) investissent la scène pour ne plus la quitter. Le contraste est saisissant. Les cinq musiciens sont présents, entiers, rageurs. Cette scène est leur territoire et ils sont là pour nous le prouver. Gare à quiconque n'oserait le croire. Doté d'une petite chanteuse mimi comme un coeur, au charisme incroyable, look nonchalant un peu british, à la Beth Orton, la miss m'a laissé sur le carreau. Autant capable d'excellent flow hip-hop, que d'accès de rage punk, elle fait le grand écart entre une Pj Harvey période "Is This Desire"(pour le côté trip hop), la mélancolie lascive de Beth Gibbons, la rage desespéré de Trent Reznor, le groove de Zach de la Rocha, et la punk attitude de Karen O. Tout ça réuni dans un petit bout de femme incroyable à la pêche détonnante. Et les autres membres du groupe ne sont pas en reste. Tony (chant/guitare) râle comme un Billy Corgan de la belle époque, équilibrant très élégamment les accès de fureurs d'Audrey Horne (référence à Twin Peaks ?). Une belle complémentarité du chant qui rappelle parfois certains éléments de la scène hardcore. La session rythmique avoine sans merci, servant d'écrin aux morceaux indus/ électro tout en nuance du groupe.

On est là. On y croit. On est avec eux. On a envie de crier. De danser. De pleurer. Les guitares sont à la fois délicates et inquiétantes (Tom, excellent soliste, sait faire pleurer ses guitares comme personne) et les machines s'intègrent parfaitement à l'énergie pur et rock'n roll du groupe. On pense à Nine in Nails, à Tricky, à Portishead, à Ministry, à Tool, sans jamais regretter de ne pas avoir les originaux en face de nous. Native Nothing a en effet bien digéré ses influences pour nous offrir (c'est le mot, tant ils font preuve d'une générosité rare sur scène) des morceaux complexes et cultivés, empreint de rage et de mélancolie desespérée. A la fin du concert, ils osent même une reprise tout en nuance du maître du genre (Nine In Nails, of course), l'emblématique "Closer", qui se révèle être une bonne surprise, et permet à la salle de s'enflammer et de prendre l'énergie inépuisable du groupe, qui ne la quittera plus jusqu'à la fin du set et du beau rappel. En définitive, une bien belle découverte que je vous invite vraiment à découvrir à votre tour pour vous en mettre plein la vue et les oreilles (prochains concerts sur Paris: le 20 mai au Klub, et le 29 mai au Disquaire).

jeudi 22 avril 2010

Interview des Tiny Terrors, garage punk girls from Bordeaux


Jouant à fond la carte du rock'n'roll garage, à la fois punk, décalé et rageur, les quatre filles de Tiny Terrors continuent de semer la terreur sur ma platine (et sur la vôtre aussi, je l'espère!) grâce à leur excellent premier Ep "Titi Bang Bang" dont je vous ai déjà parlé dans ce blog.
En plein chamboulement (changement de guitariste, bébé en vue) Agathe, Cindy et Lola Terror ont quand même pris le temps de répondre à mes petites questions qui permettent d'en savoir un peu plus sur cet étonnant combo 100% féminin à découvrir de toute urgence. Un vrai groupe de filles,rebelles et revêches, qui jouent, à toute allure, un rock'n roll garage à l'ancienne, sauvage, furieux et sexy.

Quelles sont vos influences? (musicales et autres)
Nos influences sont très variées: chacune écoute des choses différentes, du punkrock-garage pour cindy au pop rock pour lola en passant même par un peu d'electro/trip hop pour agathe...


Comment vivez-vous le fait d'être un combo 100% féminin? Est-ce une volonté première? Avez-vous rencontré des difficultés?
Le principe du groupe féminin était la base du projet. Ce qu'on recherchait, c'était l'originalité.
Et puis le but est de montrer que les filles aussi savent faire du rock et c'est ça la première difficulté, on nous prend pas toujours au sérieux..

En plus des filles ça s'impliquent beaucoup (trop) émotionellement et ça s'engueulent quand elles sont mal lunées !
Parfois aussi certains mecs pendant les concerts sont un peu... insistants ! Mais ça ne nous intéresse pas, nous on est juste là pour leur mettre une bonne claque bien rock !




Pensez-vous qu'il est plus dure pour des filles de faire du rock, encore aujourd'hui? Faut-il plus faire ses preuves pour être prise au sérieux?
Et bien Oui, il faut faire ses preuves quand on est un groupe de fille !
Quand les gens nous voient, jamais ils n'imagineraient qu'on joue du rock garage, et lorsqu'on arrive sur scène, il suffit de jouer quelques notes pour voir se décomposer les têtes, genre merde, elle savent jouer ces filles là ?!



Comment se passe la création au sein de votre groupe? Qui compose les morceaux?
En ce qui concerne la composition, soit Cindy se ramène en répète avec un texte, et on trouve ensemble la musique dessus.
Ou alors, on part de 0, on trouve un riff qui sonne bien, on le fait tourner et la semaine qui suit, Cindy revient avec les paroles.
Et en quelques répètes, le morceau est bouclé (enfin il arrive aussi qu'on passe des mois à bloquer sur un passage d'un morceau haha)


J'adore votre nom de groupe, il y a sans doute un rapport avec l'ampli au son vintage de Orange? Sur l'Ep, Léo (ex guitariste) joue sur quoi?
En effet, le nom du groupe vient de la tête d'ampli Orange, dont on adore le son.
Ce nom semblait coller parfaitement avec le principe du groupe, on aime bien terroriser le public (y'a qu'à voir cindy quand elle vient tirer les cheveux des gens devant la scène !)
Et effectivement, Léo jouait sur une tête Tiny Terror.



Vous êtes de Bordeaux, j'aimerais savoir s'il existe encore une "scène" rock à Bordeaux? Est-ce facile de trouver des dates? Y a-il beaucoup de salles qui accueillent ou programment des groupes de rock? Y a t-il des structures qui aident les groupes en développement?
Malheureusement, on voit le nombre petits bars concerts sur Bordeaux diminuer avec les années.
Il existe toujours des irréductibles, bien qu'on leur mette des bâtons dans les roues, les concerts en semaines deviennent difficiles...
Jusqu'à présent, on ne recherche pas les concerts, ce sont eux qui viennent à nous, et c'est sûrement un peu grâce au fait qu'un groupe de fille, ça court pas les rues.

On peut dire que oui, il existe une scène rock à Bordeaux, et c'est avec grand plaisir que les petits groupes comme nous la faisons vivre.
De plus, on a de la chance d'avoir un réseau de potes qui organisent et nous font jouer de temps en temps ; et puis la plupart du temps, c'est à la fin du concert qu'on vient nous proposer des dates car l'orga a été emballé par notre prestation et veut nous booker pour un prochain concert.



Que pensez vous de l'état du rock actuel en France? Y a-il des groupes que vous aimez, que vous écoutez? On peut aussi élargir la question à l'international? Qu'est-ce qui vous branche dans le rock actuel?
Ca bouge pas mal ! Rien qu'à bordeaux y'a plein de truc qu'on aime, comme les Flying Over par exemple, ou même Los Di Maggios, The Automators, et bien d'autres ! Et puis niveau international, y'a les Hives, Danko Jones, The Kids, Thee Vicars... bref le rock se porte bien !



Quels sont vos projets? Album? Concerts?
Tiny Terrors est en plein chamboulement ; Léo, la guitariste, a décidé de quitter le groupe il y a quelques semaines ; heureusement pour nous, on en a retrouvé une nouvelle, Marion Terror !
De plus, Lola notre bassiste est enceinte de 5 mois maintenant !
Du coup, on stoppe un peu les concerts pour l'instant, et on en profite pour composer et pouvoir revenir avec un nouveau set.
Le seul concert de prévu dans l'immédiat, c'est le Jalles House Rock, un festival en plein à St médard en jalles le 3 Juillet.
Sinon on a aussi comme projet de tourner un clip, enregistrer un album, peut être même faire un split cd avec un autre groupe... bref vous avez pas fini d'entendre parler des Tiny Terrors :)

lundi 12 avril 2010

Interview des Cute Kitten Eaters, industrial shock from Rennes


Mariant avec brio la froideur des machines, façon indus, et la rage du grunge, les quatre rennais de Cute Kitten Eaters, l'un de mes grands coups de coeur de ces derniers mois, ont sorti un premier Ep "DoublePlusGood is Slavery", dont je vous ai déjà parlé dans ce blog. Je vous propose aujourd'hui d'en savoir un peu plus sur cet excellent groupe à travers ma petite interview. On y découvre Eosine (chant), Thomas (basse) et Mickaël (guitare), trois personnalités intenses et cultivées, qui font la richesse du son Cute Kitten Eaters. Ils me parlent de leurs débuts, de la création, d'Orwell, du grunge, de l'état du rock actuel et de plein d'autres choses...


Parlez moi un peu des débuts de Cute Kitten Eaters, comment a démarré le projet?

Eosine (chant) : On a mis du temps avant de lancer le groupe alors que nous avions des envies communes en matière de musique.Thomas était préoccupé par son avenir professionnel et de mon côté je débutais en tant que chanteuse/auteur dans un groupe de rock qui n'a d'ailleurs pas duré longtemps. Je pense que ça l'a motivé, lui qui a longtemps joué comme bassiste dans des groupes plutôt trash à Orléans. Il a tenté de monter un groupe mais ça a été très bref. Et puis il a commencé à gratter des mélodies. De bassiste il est passé à compositeur, avec une certaine facilité je trouve. Je chantais des petits textes sur ses musique et on s'enregistrait avec un micro pourri sans passer par des logiciels. A un moment on a compris qu'on était prêts.

Comment vous êtes-vous rencontré?

Eosine: Thomas et moi nous nous sommes rencontrés à la fac de Rennes en 2003. Nous suivions les mêmes cours mais nous ne nous étions jamais croisés. Je l'ai remarqué à la B.U et quelques jours plus tard j'ai craqué je l'ai invité à manger avec moi . Depuis nous ne nous sommes pas quittés.

A l'écoute de "Doubleplusgood is slavery" on reconnait bien sûr l'influence de Nine Inch Nails (on doit vous en parler souvent) mais quels sont vos autres influences? (musicales, littéraires, etc, car votre musique est très cultivée, elle ne s'arrête pas simplement à la frontière du son, elle évoque plein de choses...)

Thomas (basse): il y a plein de choses qui ont une influence sur moi, donc sur ma manière de composer. Les rencontres humaines, l'art en général. Au niveau musical, outre Nine Inch Nails, je peux citer Ministry (période The mind is a terrible thing to taste), Skinny Puppy, Killing Joke, Depeche Mode (Violator), Dead Can Dance... Des auteurs comme William Burroughs, Philip K. Dick ou Ballard ont aussi eu un fort impact sur ma vision des choses. Je suis extrêmement curieux à propos de la vie des artistes, de ce qui les pousse à créer, je lis des autobiographies...

Eosine: Je dois dire que je ne prend plus beaucoup de temps pour lire avec les cours que je suis, mais j'ai été nourri par les romans de Stephen King et entre Des fleurs pour Algernon de Keyes et les écrits sur l'art brut, il y a une place énorme pour 1984 d' Orwell. Le titre Winston ainsi que le tire de l'EP font directement référence à ce roman incroyable. Il a l'air d'être écrit pour nous, rien que pour nous, et en même temps sa portée est humaine. Pas besoin de faire de la politique pour l'apprécier à sa juste valeur, même si évidemment, c'est une critique contre l'état totalitaire. De par mes études de psycho, je m'intéresse beaucoup aux théories psychanalytiques de Freud et Lacan, parce qu'elles coïncident avec mes préoccupations personnelles. A l'heure actuelle, je serai davantage inspirée par les films que par les livres. Je raffole de science fiction (les premiers Carpenter mais aussi les Fils de l'homme et District 9). J'apprécie les petits bijoux comme Morse, Le labyrinthe de Pan ou la série Jekyll. Musicalement, depuis que j'ai vu Jaz Coleman en concert, il est devenu ma référence en terme de maîtrise vocale et de présence. Killing Joke est un groupe de génie. Après, bien sûr, je citerai Nine Inch Nails, Hole, Babes in Toyland, Depeche Mode, Bjork (les trois premiers albums) et Noir Désir avant l'album 666.7. Il y en aurait tant d'autres à citer.

Eosine, comment es-tu venu au rock? Qu'est -ce qui t'a attiré dans cette culture? Que représente-t-elle pour toi?

Mes parents n'écoutaient pas la variété française. Quand j'était petite le rock c'était Elvis et la chanson française William Sheller ou Julien Clerc. Très vite je me suis plongée dans la musique de Depeche Mode, au moment de "Violator" qui a éveillé pas mal de désir! Plus que le rock ce sont les sonorités étranges, l'ambiguité entre le synthétique et le charnel, la mollesse de la tristesse et le dynamisme de la rage qui m'ont amené à la musique. Et puis j'ai découvert Noir Désir grâce à Tostaky même si j'avais déjà en mémoire "Aux sombres héros de la mer". Le Live Dies Irae m'a bouleversé et Cantat est resté trés longtemps une référence et une sorte d'alter ego imaginaire. Trent Reznor a débarqué dans mon univers comme pour unifier cette froideur de la machine et la révolte. C'était à un moment où mon existence ne rimait qu'avec empêchement, désir et rage.
Je n'ai jamais pensé chanter dans un groupe de rock. J'écrivais beaucoup sur les morceaux qui me parlaient mais sans les chanter parce que je n'en avais pas besoin et que je préférais me perdre dans toutes ces voix. J'ai fini mon adolescence et commencé l'âge adulte véritablement emprisonnée. Quand il n'y a plus rien à formuler, que le physique est écrasé, le chant vient presque naturellement comme une plainte qui libère. Un peu par hasard j'ai pu chanter devant des gens et cela m'a fait tant de bien que je me suis dite "quand je pourrais, je chercherai un groupe et je chanterais mes textes". Le rock était une évidence.


Eosine,parle moi un peu de tes textes? Quels sont les sujets que tu évoques?

Je ne sais pas trop quoi dire de mes textes.je raconte d'abord ce qui me passe par la tête mais j'aimerais que chacun puisse y trouver quelque chose qui lui soit personnel. Je ne cherche pas à délivrer un message particulier, je risquerai de trouver ça malhonnête à la longue. Refaire100 fois la même chanson sous prétexte d'exprimer ses opinion politiques ou enfiler un costume d'héroïne à travers des textes, ce n'est pas pour moi. Je m'inspire davantage de rêves ou de cauchemars, de mes doutes et mes coups de coeur.
Ecrire en anglais est plus facile parce que ce n'est pas ma langue maternelle. Je ne parle pas de mes problèmes de prononciation ou de grammaire :) Je veux dire que l'anglais créée une forme de distance qui me permet souvent d'être plus directe, plus crue ou plus "stupide"! D'un autre côté, cette distance me pousse à continuer à écrire car une fois un texte posé, je n'y suis déjà plus. C'est une page qui se tourne. En concert je reviens dessus volontier mais il faut regarder devant, toujours. On peut dire les mêmes choses sans cesse, mais c'est important de trouver des formes différentes. Nous nous efforçons de ne pas nous plagier.
Mes textes ne sont pas spécialement optimistes ni plein de joie. J'aime la mélancolie même sur une musique très rythmée. En fait, les chansons, lorsqu'elles me plaisent, me teintent souvent de nostalgie ou ....d'agressivité. Entre tristesse et excitation, j'oscille. Les thèmes qui reviennent chez moi sont finalement l'insatisfaction et la difficulté d'être soi.


Dis moi Eosine,qu'est-ce que ça fait d'être une fille toute seule, dans un groupe de mecs?

ça ne me pose pas de problème parce qu'il n'y a pas d'ambiguité et de jeu de séduction qui viendrait parasiter la vie du groupe. Aprés c'est vrai que je préfère être la seule fille pour garder cette place à part et éviter le piège de la jalousie et de la compétition. Ceci dit n'avoir en face que des mecs n'empêche pas du tout la rivalité et le conflit. Si je devais avoir à subir des attitudes machistes, je ne le supporterais pas longtemps. J'estime que chacun à des opinions et des qualités à prendre en considération. Ce n'est sûrement pas celui qui s'exprime le plus fort ou de plus haut qui a le plus de droit. 


Comment se passe la création au sein de votre groupe?

Thomas: Je compose les démos des titres sur ordinateur. Tout part en général d'une idée basique, un son, un rythme, quelques notes. Quand je tiens un truc, je le fais écouter à Eosine. qui pose sa voix, souvent en yaourt.

Eosine: Oui, je ne cherche pas tout de suite à avoir un texte parce que c'est la spontanéité de l'émotion qui me permet de trouver des lignes de chant. Aprés, je fais coincider le rythme des mots avec le rythme premier de la version yaourt. En fait pour composer mes partie j'ai besoin de solitude pour tenter un peu tout et n'importe quoi, faire moi-même le tri et "accepter" ce que je produit avant de le proposer aux autres.

Thomas: Une fois qu'on a un morceau structuré, avec les voix et les paroles, on envoie la version à Mikaël et à Seb, et on tente de la jouer ensemble en répétition. C'est là que le travail devient collectif. Je ne suis pas très doué à la guitare, Mikaël apporte sa touche à la compo, tout comme Seb apporte l'énergie au titre. C'est un travail plus réaliste également, la musique n'est plus jouée par un ordinateur...

Mikaël (guitare): L’idée, pour ma part, est de ne pas détériorer le morceau. Chez les Cute, le talent de composition est dans les doigts de Thomas, pas dans les miens. J’essaie juste d’apporter ma touche personnelle en y intégrant mon son, mon groove, ma façon de jouer… et éventuellement un riff ou deux si ça sert le morceau.

Qui compose les morceaux?


Thomas: je compose la musique, Eosine les voix, les textes. Mais il ne faut pas négliger le travail d'arrangement, dans lequel tout le groupe s'investit.

D'où vient le nom du groupe?
Eosine: au début on avait pensé à Gared, qui se trouve être l'anagramme du nom d'un de nos chats...ça sonnait bien (rires).
Thomas: c'est toi qui a trouvé le nom du groupe.

Eosine: tu avais trouvé des noms qui faisaient très médicaux, "vade mecum", "Euthanasia" ou "millésime"(fous rires).
Thomas: peut -être pas quand même...

Eosine: t'étais pas très chaud au début pour Cute Kitten Eaters.

Thomas: je trouvais l'idée du chaton un peu gnangnan. Mais avec le temps, j'ai trouvé que ça sonnait plutôt pas mal. Et puis ça m'amuse de devoir répéter le nom à chaque fois que je le prononce à quelqu'un.

Mikaël: Il m’a fallu deux semaines pour le prononcer avec tous les mots dans le bon ordre...


Que signifie-t-il pour vous?

Eosine: ce qui est intéressant dans ce nom pour un français, c'est qu'on sait pas si c'est le chaton qui dévore ou si c'est le chaton qui est dévoré. Il y a le côté à la fois mignon du chaton et le côté destructeur de l'appétit. Mais le sens reste secondaire à l'usage, ça sonne bien.
Thomas: pour moi, je ne donne pas trop de sens à ce nom à vrai dire, c'est vraiment la dimension sonore, sa prononciation qui me plaît.

Vous êtes de Rennes, j'aimerais savoir s'il existe encore une "scène" rock en Bretagne, comme ça a été le cas dans les années 80 et 90 avec l'émergence de pas mal de groupes bretons qui ont explosé sur la scène nationale?

Thomas: je suis arrivé sur Rennes en 2000, je n'ai pas eu vraiment cette sensation d'être dans un lieu carrefour du rock. Je pense que je suis arrivé un peu à la bourre... Mais ça reste dans les esprits, cette idée que Rennes est une ville importante d'un point de vue musical. Actuellement, je dirai qu'il n'y a pas de scène à proprement parler, il y a pleins de groupes qui se croisent, qui font leur truc de leur côté.

Eosine: peut-être que du côté de l'électro on pourrait parler d'une scène rennaise...

Mikaël: Je suis né à Rennes il y a presque 30 ans. J’ai grandi avec les Transmusicales à 2 minutes de chez moi. Je me souviens des dizaines de bars en trans où l’on pouvait voir des tas de groupes plus ou moins connus. Sur ce point, ça a beaucoup changé. Quand j’ai commencé la musique en groupe (1997), Rennes comptait une vingtaine de bars où l’on pouvait jouer. Maintenant, ils se comptent sur les doigts d’une main. Pour ce qui est de la scène Rennaise, il y a toujours eu des groupes surfant sur la mode musicale du moment. En ce moment, l’heure est au rock sixties à consonances « Brit pop » slim et mèche indispensables… Là aussi il y a des groupes rennais, mais c’est pas mon trip.


Est-ce facile de trouver des dates?

Thomas: sans avoir à se plaindre, je trouve que c'est de plus en plus dur. C'est surtout galère pour les petits groupes qui cherchent une première expérience. Les bars sont de plus en plus sélectifs.
Eosine: et surtout, ils ont de plus en plus de difficulté à faire jouer des groupes autres que de folk et de blues à cause du bruit et d'éventuelles plaintes du voisinage.
Mikaël: Tout s’est énormément compliqué depuis 10 ans.


Y a-il beaucoup de salles qui accueillent ou programment des groupes de rock?

Thomas: Sur Rennes, on a deux ou trois cafés concerts comme le Mondo Bizarro, le Barock, une poignée de bars, deux ou trois "grosses" salles, La Cité, l'Antipode, l'Ubu, le 4bis.


Y a t-il des structures qui aident les groupes en développement?


Eosine: Honnêtement je ne sais pas quoi répondre, je suis assez mal renseignée. Le 4 bis permet à des groupes rennais de jouer sur une vraie scène.
Mikaël: Le Jardin Moderne reste la référence. Il y a aussi certaines MJC comme celle de Cleunay (l’Antipode).


Que pensez vous de l'état du rock actuel en France?

Eosine: La musique et le style mis en avant c'est quand même de la resucée des années 70. Côté fille, la chanteuse française se doit d'être une princesse-fée amoureuse. Pas beaucoup de place pour des univers personnels avec des qualités et des défauts dont n'a pas l'habitude le public. A moins de le chercher ailleurs, le rock dans les médias français se rapproche plus de la chanson française, du festif et de la tendance fusion/néo-métal qui personnellement ne me touche pas beaucoup.

Thomas: Il y a vraiment deux univers. Les groupes qui sont bien diffusés, en général c'est pas super original ni très subversif. Et les groupes qui tournent à fond, qui galèrent plus ou moins, qui ne vivent pas de leur musique, ou très mal.

Mikaël: Pour moi les meilleurs groupes Français actuellement en France étaient déjà de très bons groupes à la fin des années 90 (Mass Hystéria, No one is Innocent, Punish Yourself, Lofofora), donc pas grand chose de neuf sur les bandes FM (je ne reviendrai pas sur les groupes à mèches). Par contre, je trouve que l’on croise souvent des groupes pas ou peu connus qui gagneraient à l’être. Donc NON le rock n’est pas mort en France, il se repose !

Y a-il des groupes français que vous aimez, que vous écoutez?

Thomas: j'apprécie des groupes comme les Thugs, Kill The Thrill, Punish Yourself. Un peu de Frustration aussi. Sin, surtout le premier album. Je viens de choper l'anthologie des Tétines Noires.

Eosine: eh bien je suis restée sur des "vieux" groupes! J'adore Kat onoma avec ses cuivres et son étrangeté, j'ai beaucoup écouté Eiffel et son "Abricotine". Aujourd'hui j'avoue que je n'écoute pas de nouveaux groupes français. Phoenix fait du trés bon boulot dans son genre. Punish Yourself a du son et un visuel qui décrasse. Frustration assure aussi, tout comme The Undergound Railroad!!

Mikaël: Mass Hysteria, Lofofora, No one is Innocent, Punish Yourself, Prohom, Freadom for King Kong, Shaka Ponk...

On peut aussi élargir la question à l'international?

Thomas: En ce moment, j'écoute pas mal de Skinny Puppy, The Young Gods aussi.

Eosine: On a déjà cité pas mal de groupes qui nous touchent. Bien sûr Killing Joke, Nine Inch Nails mais il y a aussi Prodigy (album Outnumbered never outgunned), Radiohead...ect.

Mikaël: Korn, Deftones, RATM, Metallica, Incubus, Red Hot…

Et sinon, qu'est-ce qui vous branche dans le rock actuel?

Thomas: j'aime bien les trucs à la Queens of The Stone Age, toute cette scène stoner, qui est assez proche de la scène dite "grunge". Mais je trouve que le rock actuel, c'est le rock de papa, à la sauce Beatles, qui casse pas trois pattes à un canard. Le rock actuel, celui qui est diffusé en tout cas, est bien fade. Je trouvais l'ère du "grunge" bien plus intéressante, les artistes n'étaient pas lisses.


Eosine: Ce qui est assez agréable c'est de retrouver des sensations des années 80-90, avec par exemple des sons à la The Horrors ou She wants revenge. ça ne révolutionne pas la musique mais je suis plus attirés par ces groupes qui rappellent par exemple The cure ou Bauhaus.

mardi 6 avril 2010

Live Report, Margaret Doll Rod+ Motorama+Fury Furyz, (Festival Les Femmes s’en Mêlent), le 31 Mars 2010, la Boule Noire, Paris.



Le Festival Les Femmes S’en Mêlent est peut être l’un des seuls festival français entièrement consacré à la scène féminine indépendante à la programmation toujours impeccable. Il permet, depuis pas mal d’années déjà, de faire découvrir des artistes émergentes, incroyables, influentes ou cultes. Bon, je ne vais pas citer toutes les fabuleuses demoiselles du rock ou folk indé que j’ai pu applaudir en live grâce à ce festival (Elysian Fields, Metric, Nina Nastasia …) mais je dois dire que j’ai rarement été déçu par l’une de ces soirées qui a lieu une fois par an , à l’arrivée du printemps.
Je me rend donc presque les yeux fermés, ce soir là, à la Boule Noire, malgré un froid de canard et une crève qui n’en finit pas. Et c’est les amazones parisiennes de Fury Furyz qui ouvrent le bal. Après une entrée fracassante, (les demoiselles, chevauchant quatre chevaliers servant qui les portent, sur leurs fières épaules, sur scène, au son d’un grand classique garage) le ton est donné, et les filles envoient direct la sauce avec un « Pussy Cat Destruction » ravageur. Le set est court, direct, fun et charmant. Les Fury Furyz enchaînent leurs morceaux décalés et efficaces sans trop de répit, tout juste ponctués de coups de téléphone rose un peu trop calculés mais très mignons. A la fois édulcorées et punk, les Fury Furyz ne déçoivent pas, bien au contraire. Emmenées par le charisme d’Ophélie, leur chanteuse un brin déjantée, les quatre miss Fury ne relâchent jamais la pression et exécutent parfaitement leur leçon de garage pop et punk, pour notre plus grand plaisir. Les Fury Furyz sont à la fois folles, classes et charmantes. ça se castagnent, ça crie, ça se jette dans la foule. Manquerait juste un peu plus de patate dans le son (pour le côté punk) pour que le tout soit parfait. Mais c’est quand même bien agréable de débuter la soirée avec un groupe furieux et sexy, qui prend vraiment du plaisir à jouer, à être là et qui ne se prend pas du tout au sérieux.

Juste le temps de respirer un peu et de changer de plateau et c’est au tour du duo italien de Motorama d’entrer en scène. Gros choc de la soirée, les deux brunettes m’ont vraiment impressionné. D’une efficacité redoutable, les Motorama nous ont délivré leurs morceaux punk-garage à la fois minimalistes et puissants, avec beaucoup d’allure et de maîtrise retenue. Evidemment, on pense un peu au White Stripes et à Meg White quand on voit la jolie batteuse frapper comme une furieuse sur ses futs, un grand sourire aux lèvres. Mais une fois de plus, c’est rafraichissant, les filles en veulent et elles assurent, tiennent la baraque fièrement, sans sourciller. C’est classieux, rock ‘n’roll. Même le petit accent italien, c’est tellement charmant dans ce rock là. On ne peut que succomber au charme irrésistible de ce duo démoniaque qui envoie le bois comme il se doit. Mention spéciale à la voix de la chanteuse, terriblement puissante et maitrisée, genre de Pj Harvey garage.

Après cela, il fallait encore pouvoir nous étonner et c’est Margaret Doll Rod qui s’en ait chargé en débarquant, l’air de rien, en bikini d’amazone couleur chair et chocolat, les cheveux dans le dos et les cuissardes à la Pretty Woman. One Women Band blues, Margaret est d’abord et surtout doté d’une d’une superbe voix bluesy un brin écorchée, qui évoque un genre de Patti Smith sexy qui aurait un peu forcé sur la bouteille et les clopes. Originaire de Detroit, elle a mêlé ses compos (pas toujours très construite ou en place, pas facile de tout faire toute seule !) à des reprises de choix (Stooges, Sonics). Malgré quelques problèmes techniques, Margaret a fait le show, et a littéralement envoûté la salle grâce à sa présence magnétique et sexuelle. Tel un Jimi Hendrix au féminin, Margaret, qui maîtrise quand même super bien son instrument, s’accouple avec sa guitare électrique ultra chaude et leur étreinte enfante de drôles de morceaux de garage blues décalés. Le clou du spectacle arrive quand même lorsque qu’elle invite les Motorama a remonté sur scène pour finir le set avec elle. On retrouve alors, avec joie, cette incroyable batteuse à la joie de vivre communicative, et sa copine à la voix démente. La salle s’enflamme. On se dit alors, peut être un peu naïvement, que Margaret mériterait quand même qu’un bon groupe l’accompagne lors de ses tournées, car le résultat de son association avec les deux italiennes fut plus que convaincant.

Live report, Sassy+ Ragnagna Princess, vendredi 26 mars au Star Café, Paris.



Le rock’n’roll, de nos jours, ça se mérite. Et pour découvrir de vrais groupes prometteurs, qui ne nous refont pas du sous Libertines avec dix ans de retard, il faut parfois savoir sortir des sentiers battus des salles parisiennes habituelles et branchées, qui programment malheureusement, un peu toujours le même genre de groupe à slim. Il vaut donc mieux parfois s’aventurer vers des endroits plus dangereux et décalés afin de découvrir d’autres univers un brin plus rock’n’roll.
Le Star Café. A deux pas de la Tour Eiffel. Un lieu pas forcément propice à accueillir cinq groupes de punk rock furieux, mais enfin, je m’y rend les yeux fermés, espérant m’en mettre plein les oreilles.
Après des débuts difficiles (un son atroce, des balances prolongées jusqu’à une heure et demi de plus que l’heure annoncée du début du concert…) le premier groupe débute enfin. Impossible de vous donner leur nom, les trois garçons ne s’étant pas présenté et l’ordre de passage des groupes ne correspondant pas à celui annoncé sur le fly. Bref, l’organisation laisse à désirer, mais vous allez me dire, c’est un peu ça aussi le rock’n’roll. Un peu à l’arrache. On ne va pas voir un groupe de rock pour que ce soit propre et bien exécuté. On ne va pas voir un groupe de rock pour rester assis et applaudir sagement entre les morceaux. On va voir un groupe de rock pour se faire violence. Parce qu’on est maso et qu’on aime ça. Parce que parfois, on a besoin d’être autre chose que poli, sage et bien pensant.
Enfin, ce premier groupe donc, rien de bien mémorable. Malgré de bonnes intentions punk, ce n’était quand même pas très en place, il faut bien le dire. Arrive donc Sassy, duo guitare/chant et basse, accompagné d’une drôle de boîte à rythme. Dans le meilleur des cas, cette formule, ça donne les Kills ou les Bérurier Noirs, mais hélas ici, ce n’est pas tout à fait ça. Ce qui frappe, au premier abord, c’est l’obsession mono maniaque de la chanteuse/guitariste pour Courtney Love (ce qui n’est pas un mal en soi, on ne va pas lui jeter la pierre, bien au contraire). En, effet, physiquement, la chanteuse de Sassy (titre d’un morceau du premier album de Hole…) ressemble à un mélange inquiétant entre Lydia Lunch et Courtney époque Sugar BabyDoll. Cheveux noirs de jais, maquillage dégoulinant, fringue de Lolita trash. Musicalement, elle a bien retenu la leçon de « Pretty On The Inside » et nous ressort tous les tics vocaux de Courtney mais malheureusement sans la puissance à la fois mélodique et noise des morceaux, ça le fait carrément moins. Les titres s’enchaînent et se ressemblent un peu tous et on aurait aimé, car elle a tout de même de bonnes intentions, que Miss Sassy aille un peu plus loin dans sa démarche et surtout, ne se laisse pas martyriser par son bassiste. Celui-ci prend, en effet, un malin plaisir à se moquer d’elle et de ses obsessions CourtneyLoveienne et a décrédibiliser son propos en intervenant ironiquement entre chaque morceaux. Peut être est-ce un jeu entre eux ? Peut être est-ce fait exprès ? Mais dans ce cas, pourquoi ne pas aller plus loin dans le sado masochisme, à la Queen Adreena ? Je propose donc à Miss Sassy de répondre violement aux féroces attaques de son cher et tendre bassiste à coup de guitare dans la tronche. Personnellement, ça me démangeait.

Après les problèmes conjugaux publiques de Sassy, arrivent enfin mes chouchoutes, les fameuses Ragnagna Princess. Et là, grosse claque. Le batteur (seul homme de la bande) frappe comme un dingue, comme pour défendre à tous prix sa place dans un vrai groupe riot grrrl. C’est en place, ça a du chien, les morceaux déchirent. La chanteuse beugle comme une Kat Bjelland de la belle époque. On respire enfin. Voilà donc ce qu’on attendait plus. Un vrai groupe de filles, aux influences impeccables et à la dégaine de baby doll. Sans tomber dans la pâle copie des groupes de l’époque (Babes in Toyland, Bikini Kill, Hole, Jack Off Jill et toute la clique), Ragnana Princess, délivrent avec force et sincérité un beau set de vrai punk rock au féminin comme on en entend rarement de nos jours. Un vrai bon groupe donc, qui ne demande qu’à se lâcher et envoyer le rock’n’roll dans nos oreilles trop averties. Personnellement, j’en redemande…